Le présent rapport national sur l’état de l’environnement au Mali, couvrant la période 2018-2020, vise à contribuer à la protection de l’environnement et à l’amélioration du cadre de vie des populations, en renforçant la prise de conscience sur les enjeux environnementaux dans les décisions collectives et individuelles, à travers la mise à disposition d’informations pertinentes ».
Il s’appuie méthodologiquement sur le concept : « Forces motrices- Pressions- Etat- Impacts- Réponses » (FPEIR), ou en anglais « Driving force- Pressure- State- Impact- Response » (DPSIR) permettant d’évaluer l’état et l’évolution des composantes socio-économiques et biophysiques de l’environnement. L’environnement socio économique concerne les questions de population et les activités économiques. La population du Mali, relativement jeune est estimée à 20 537 000 habitants en 2020 (DNP- Projections démographiques 2010-2035), avec un taux de croissance annuel moyen de 3,6% sur la période 1998-2009 (RGPH -2009). Ce taux de croissance, conjugué aux multiples mouvements démographiques, a entraîné au plan environnemental, l’augmentation de la demande sociale dans les milieux d’accueil, l’extension des villes, l’occupation anarchique des espaces, la dégradation du cadre de vie, etc.
La tendance des indicateurs macroéconomiques indique une croissance du PIB de -1,2% en 2020, contre 4,8% en 2019 et 4,7% en 2018. L’incidence de la pauvreté, estimée à 41,9 % au niveau national en 2020 (Rapport 2020 de mise en œuvre du CREDD 2019-2023). Elle demeure cependant importante, d’où le risque d’une surexploitation des ressources naturelles.
L’agriculture contribue pour environ 16,1%) au PIB (Rapport 2020 de mise en œuvre du CREDD 2019-2023). Sa contribution à la sécurité alimentaire, la lutte contre la pauvreté et l’emploi des jeunes, etc. est assez remarquable. En 2020, la production céréalière a atteint 10 217 286 tonnes. (Plan triennal de campagne agricole consolidé et harmonisé 11ème session du Conseil Supérieur de l’Agriculture / MAEP- CSA). Toutefois au plan environnemental, elle contribue à la déforestation, la dégradation des terres, l’érosion de la biodiversité, le gaspillage des ressources en eau, etc.
L’élevage et la chasse contribuent pour 15 % au PIB (Rapport de mise en œuvre du CREDD 2019-2023). Au total, 294 359 bovins, 376 195 ovins, 104 403 caprins, 825 assins, 4 324 camelins, 689 équins et 33 522 sujets de volaille ont été exportés en 2020. (Plans triennaux de campagne agricole consolidés et harmonisés 9ème et 11ème sessions du Conseil Supérieur de l’Agriculture / MAEP- CSA). L’élevage exerce plusieurs pressions sur l’environnement, ayant pour conséquences : la dégradation des sols et des ressources pastorales, la pollution des ressources en eau, l’émission de gaz à effet de serre, la pollution des espaces.
La pêche contribue pour 2,4 % à la formation du PIB au Mali. (Rapport 2020 de mise en œuvre du CREDD 2019-2023). De 2018 à 2020, la production totale de poisson a augmenté de 14%.
Toutefois, certaines pratiques de pêche sont préjudiciables à l’environnement, (Utilisation de filets à petites mailles, emploi de produits toxiques, barrage des cours d’eau, forte consommation de bois pour le fumage du poisson, etc.)
L’exploitation forestière entre pour 2,1 % dans la formation du PIB au Mali. Les exploitations de produits forestiers ligneux ont généré environ 3 milliards de francs CFA de recettes en 2019 et celles des produits forestiers non ligneux 0,9 milliards de francs CFA (Base de données SNGIE -AEDD).
Les pressions qu’elle exerce sur l’environnement découlent surtout de la forme et des modalités d’exploitation des ressources forestières.
En matière de sécurité alimentaire, les résultats du Cadre Harmonisé révèlent qu’en 2020, 138 455 personnes sont en phase d’urgence, soit 0,68% de la population, 1 254 367 personnes en phase de crise (6,20% de la population) et 1 096 605 personnes initialement classées en phase 2 mais ayant basculé en crise du fait de la COVID-19. (5,42% de la population totale) (Rapport 2020 de mise en œuvre du CREDD 2019-2023).
En matière d’énergie, la consommation finale du Mali est évaluée à 7641 ktep. La biomasse y représente 72,70%, (Forte pression sur les ressources forestières). Par ailleurs, la production énergétique s’accompagne d’émission de gaz à effet de serre et de gaz polluant l’atmosphère.
L’industrie contribue pour 16,8 % au PIB en 2020, et à la création de 855 emplois. (Rapport 2020 de mise en œuvre du CREDD 2019-2023). Elle est cependant source de production de déchets nocifs, d’émission de gaz polluants et de nuisances sonores. Cette performance économique de l’industrie n’est pas sans conséquence au plan environnemental. En effet, l’activité industrielle génère d’importantes quantités de déchets de toute nature (emballages, sous-produits, pièces usagées, eaux usées industrielles, etc.). Certains de ces déchets considérés comme nocifs et polluants, requièrent en conséquence des modalités de gestion spéciales et coûteuses. Des industries, telles que la tannerie, le textile, la fabrication de produits pharmaceutiques et la production de piles et de détergents, sont réputées très polluantes. Le fonctionnement des unités industrielles est aussi une source importante de pollution atmosphérique (émissions de fumées, de gaz et de particules diverses) et de nuisances sonores (bruits des machines et des moyens de transport).
Le secteur minier a contribué à 9,9 % au PIB du Mali en 2020. De 2018 à 2020, son apport au trésor public a augmenté de 85,3% (Rapport 2020 de mise en œuvre du CREDD 2019-2023). Son impact au plan environnemental, particulièrement celui de l’exploitation de l’or, se traduit par : la dégradation des sols, la pollution des eaux et de l’air, la destruction de la flore et de la faune,
etc.
Les transports et la communication contribuent pour 5% au PIB. Au total, 2 177 477 personnes
ont été transportées par voie aérienne (AIPMKS) au cours de la période 2018-2020 pendant que
36 958 personnes l’ont été par voie fluviale. (Rapport de mise en œuvre du CREDD 2019-2023).
Les transports participent à : la pollution de l’aire des eaux de surface, la dégradation des sols,
de la flore et de la faune (travaux routiers), etc.
En matière d’artisanat, la valeur des exportations et des ventes pendant la période 2018-2020
est estimée à 17 640 000 000 F.CFA. Plusieurs activités artisanales sont sources de pressions sur
l’environnement. Il en est ainsi des prélèvements de bois d’œuvre, et des déchets de teinturerie,
de forge et de boulangerie, etc.
Les milieux naturels abordés comprennent les milieux terrestre (biodiversité, flore, faune, sol),
aquatique (eau) et aérien (air et le climat).
En matière de biodiversité, le Mali renferme une diversité d’écosystèmes terrestres, fluviaux et
lacustres abritant chacun, plusieurs espèces animales et végétales dont la plupart sont menacées
par les effets des changements climatiques et les actions anthropiques. Les changements
climatiques ont beaucoup impacté négativement la biodiversité. A ces facteurs s’ajoutent les
activités humaines telles que : le défrichement des terres, l’exploitation forestière, les feux de
brousse, l’utilisation incontrôlée des engrais chimiques et des pesticides, les mauvaises pratiques
de pêche, etc. Pour répondre à ces diverses pressions, le Mali a signé et ratifié des conventions
internationales dont la mise en œuvre contribue à la préservation de la diversité biologique.
La flore, telle qu’abordée dans ce chapitre recouvre les formations forestières et autres
formations végétales telles que les prairies et les plantes cultivées.
Les formations forestières sont menacées par : l’insuffisance et l’irrégularité interannuelle des
pluies, la longueur de la saison sèche, les fortes températures et l’évapotranspiration, la
surexploitation, l’expansion agricole, l’activité minière et les feux de brousse. L’impact de ces
pressions se traduit entre autres par : le renforcement des effets des changements climatiques, la
dégradation des ressources fauniques, la disparition de certaines espèces de plantes, la raréfaction
des produits ligneux, la diminution voire la disparition d’espèces de plantes médicinales, la
réduction des activités de chasse, d’écotourisme et d’artisanat.
Beaucoup d’actions sont en cours, ou en projet, pour limiter les pressions sur les formations
forestières. Elles concernent : l’amélioration de la couverture végétale, la planification/gestion
des espaces forestiers, la lutte contre les feux de brousse (Rapport 2020 de mise en œuvre du
CREDD 2019-2020), la promotion de sources d’énergies alternatives à la biomasse énergie.
Les autres formatons végétales comprennent les prairies et les plantes cultivées.
Les prairies sont des écosystèmes sur lesquels repose l’élevage au Mali. Leur dégradation est,
en majeure partie, due : au surpâturage, aux feux de brousse, aux pressions agricoles qui,
conjugués aux facteurs climatiques, réduisent la quantité et la qualité de la biomasse. Il s’en suit
une accélération de la désertification consécutive à la destruction du tapis herbacé et la
dégradation du sol. La vulgarisation des espèces animales et végétales adaptées, la promotion
des cultures fourragères, la réalisation des forages, la restauration des points d’eau, etc.
participent de la volonté de préserver durablement les pâturages au Mali.
Les plantes cultivées occupent une superficie totale de 6 millions d’ha en 2020. Bien que
bénéficiant de milieux artificialisés, ces plantes subissent les effets des changements climatiques,
(déficits pluviométriques, inondations, sécheresses, vagues de chaleurs, etc.,) dont l’impact se
traduit, entre autres, par des déficits alimentaire et nutritionnel dans plusieurs zones, la pauvreté,
l’exode rural, etc. Pour atténuer ces pressions, diverses mesures sont mises en œuvre, notamment
la maîtrise totale ou partielle de l’eau, les bonnes techniques culturales, la protection des cultures
contre les déprédateurs, etc.
La faune sauvage est victime de la déforestation, du braconnage, de l’occupation agricole et/ou
pastorale et la faiblesse des crues des cours d’eau. Son état est critique même si quelques
mammifères sauvages, oiseaux et reptiles de savane et de steppe sahélienne, sont rencontrés
particulièrement dans certaines aires protégées. La dégradation de l’état de la faune a entraîné la
disparition de l’écotourisme, le dysfonctionnement des écosystèmes etc. Au regard de la gravité
de la situation de la faune, le Mali envisage de reconstituer son parc faunique et entreprend pour
ce faire, plusieurs actions telles que l’amélioration et la protection des forêts, l’aménagement
d’un parc animalier, la formation et l’équipement des agents forestiers et le renforcement de la
brigade anti braconnage, etc.
Le sol subit plusieurs pressions anthropiques et naturelles. Les pressions anthropiques sont entre
autres : les pratiques agricoles, la déforestation due à l’exploitation abusive des forêts, les
mauvaises pratiques pastorales, l’exploitation minière, la réalisation d’infrastructures de
transport, etc.
Les pressions naturelles sont dues aux changements climatiques, à travers l’aridité du climat, les
vents violents et secs, l’irrégularité des pluies, etc.
Les cinq types de sols rencontrés au Mali sont pour la plupart en train de perdre leur vocation à
cause de l’ampleur des pressions qu’ils subissent. Les données disponibles, anciennes ou
partielles, indiquent que ces sols sont peu profonds, sensibles à l’érosion. Ils sont pauvres en
Azote, Phosphore, et matière organique. Leur capacité de rétention de l’eau est faible, avec une
tendance à acidification (IER/ Labo SEP -2015).
Les multiples pressions entraînent la dégradation des sols et conséquemment, la réduction de la
productivité agricole, forestière et pastorale.
Plusieurs, actions sont initiées pour inverser la tendance à la dégradation des terres au Mali,
(Gestion durable des terres, fertilisation des sols, stabilisation de dunes, mise en défens des terres,
etc.) A ces actions s’ajoutent, en perspective, celles des programmes prioritaires pris en compte
dans la CDN (programmes de reboisement, d’aménagement forestier et de régénération naturelle
assistée, de promotion de la fumure organique etc.
Les ressources en eau du Mali sont constituées par les bassins fluviaux du Niger sur 300.000
Km², du Sénégal sur 155.000 Km², de la Volta (à travers son affluent le Sourou) sur 15.392 km²
et les nappes souterraines. Elles sont la cible de plusieurs activités anthropiques qui, conjuguées
aux facteurs naturels, influencent le régime des cours d’eau et la qualité des eaux, modifient les
écosystèmes aquatiques et affectent négativement la biodiversité. Parmi les initiatives prises pour
améliorer l’accès à l’eau potable et à l’eau pour les autres usages, on peut citer : la Gestion
Intégrée des Ressources en Eau, l’amélioration de la qualité du service public de l’eau et surtout
le Programme National de Sauvegarde du Fleuve Niger (PNS FN).
L’air est affecté à la fois par : (i) les fortes températures de saison sèche, (ii) les poussières
sahariennes contenues dans le vent sec venant du Nord-est (appelé harmattan), (iii) les émissions
dues à divers feux et (iv) l’émission de biogaz (CH4, CO2, H2S) provenant des dépôts de déchets.
A ces facteurs, s’ajoute la pollution résultant de la circulation dans les grandes villes.
Concernant le climat, quatre zones sont distinguées au Mali selon un gradient Nord-Sud à
savoir : le climat saharien au Nord sur 51 % du territoire, le climat sahélien au centre sur 26 %
du pays, le climat soudanien sur 17 % du territoire, le climat soudano-guinéen au Sud couvrant
6 % du pays.
L’évolution du climat indique une étroite corrélation entre changement climatique et
augmentation de la température moyenne, entrainant de fortes évaporations et
évapotranspirations ainsi que la diminution des ressources en eau.
Les résultats de la modélisation des anomalies de température à l’échelle du pays indiquent : (i)
un réchauffement continu jusqu’à l’horizon 2100, et (ii) une variabilité plus nette de la
pluviométrie.
Le Mali bénéficie depuis 2020 du programme Hydromet visant à offrir des services
hydrométéorologiques efficaces et renforcer les capacités d’intervention des structures nationales
en matière de prévention et de réponse aux catastrophes. Par ailleurs, il est envisagé de renforcer
les capacités techniques de collecte et de traitement des données et informations sur le climat
(réhabilitation et/ou création de stations, équipements, formation).
Par rapport au cadre de vie des populations, on relève une évolution croissante du taux
d’accès à l’eau potable de 2018 à 2020, mais avec des écarts importants entre les villes et les
campagnes. L’accès à l’électricité affiche un taux satisfaisant de 52% en 2020 (CPS du Secteur
Mines-Energie). L’accès à l’hygiène et l’assainissement affiche les mêmes tendances, de même
que les aspects inhérents au logement. Cependant, la gestion des déchets demeure un défi
environnemental majeur au Mali.
Conscient de la gravité de cette situation et des risques qu’elle comporte, le gouvernement a
entrepris, la réalisation d’ouvrages individuels et collectifs d’assainissement afin d’améliorer la
gestion des déchets et de promouvoir un cadre de vie sain.
A propos de risques et des catastrophes, il s’avère que l’incendie est parmi les risques courants
et le plus fréquent au Mali à cause de : la forte concentration de l’habitat, les branchements
électriques vétustes et souvent entremêlés, le stockage clandestin de produits dangereux et la
proximité de points chauds.
L’inondation est un exemple de risque particulier devenant de plus en plus récurrent. Le nombre
de victimes des inondations a atteint 80 803 personnes en 2020 contre 3 960 en 2019 et 47 079
en 2018.
Parmi les actions réalisées en 2020 pour assurer une gestion efficace des risques, on peut retenir
les réalisations du Projet de Gestion des Risques Climatiques et d’Inondations au Mali (PGRCI),
qui s’ajoutent à celles de l’année 2019, portant sur divers aspects de la gestion des risques et
inondations.
La gouvernance environnementale au Mali repose sur un certain nombre d’institutions
(l’Assemblée Nationale, Gouvernement, Haut Conseil des Collectivités, Conseil Economique
Social et Culturel) et de structures (Direction Nationale des Eaux et Forêts ; Direction Nationale de l’Assainissement et du Contrôle des Pollutions et des Nuisance ; Agence de l’Environnement
et du Développement Durable ; Agence du Bassin du Fleuve Niger ; Agence Nationale de
Gestion des Stations d’Epuration du Mali ; Agence Nationale de la Grande Muraille Verte
Cellule de Planification et de Statistiques du Secteur Eau ; Environnement, Urbanisme, Domaine
de l’Etat ; Cellule d’Appui à la Décentralisation et Déconcentration de l’Environnement et de
l’Assainissement et ; Inspection de l’Environnement et de l’Assainissement). Elle bénéficie d’un
cadre juridique comprenant plusieurs textes internationaux et nationaux. En outre plusieurs
politiques et stratégies, assorties d’une diversité de financements, offrent à cette gouvernance,
les moyens de son exercice à hauteur des défis environnementaux de l’heure. Cependant,
l’exercice de la gouvernance environnementale au Mali demeure confronté à un certain nombre
de contraintes et de difficultés aux plans international et national.

