Contexte

La dégradation des terres est un problème majeur qui affecte la productivité agricole, les écosystèmes et les moyens de subsistance, en particulier dans les zones rurales et arides. Elle est considérée comme une diminution de la capacité productive des sols, due à des facteurs naturels ou aux activités humaines (FAO, 2023). Cette Dégradation se traduit par une perte de fertilité, de biodiversité et de structure du sol, compromettant ainsi les fonctions écologiques et agricoles. En Afrique de l’Ouest, ce phénomène est fortement lié aux conditions climatiques (sécheresse, variabilité des pluies) et aux pressions humaines sur les ressources naturelles. Dans cette région surtout dans les zones sahéliennes et soudaniennes, les pertes de sol dues à l’érosion hydrique et éolienne estimée entre 20 et 50 tonnes de sol par hectare et par an dans les zones agricoles courantes et jusqu’à 100 t/ha/an dans les zones fortement dégradées (Lal, 2020 ; FAO, 2023).

Objectifs

Les objectifs de ce présent papier est de doter les toutes les parties prénantes oeuvrant dans la concervation des eaux et des terres des approches leurs permettant de faire un choix d’un aménagment à l’échelle d’un bassin versant.

Approches

Les présentes approches sont basées sur l’utilisation des techniques d’observation de la terre notamement le modèle de terrain (MNT) pour inventorier les aménagements existants, analyser la toposéquence et proposer des aménagements adaptés.

Aménagements existants de conservation des eaux et des sols

L’inventaire des aménagements existants de conservation des eaux et des sols est une étape essentielle pour le choix. il se fait à travers une enquête auprès des  des personnes ressource du bassin versant. Ensuite les managements existants sont géolocalisées et cartographiées.

Analyse de la toposéquence 

La toposéquence d’un bassin versant est composé de quatre principales parties qui sont le plateau, le versant ou la pente, le glacis et le fond de vallée (Figure 1). Elle peut être analysée en appliquant la technique géospatiale utilisant le modèle numérique de terrain (MNT) et des observations de terrain à l’échelle du bassin versant.Les MNT qui sont des représentations numériques de la topographie d’une zone et permettent d’analyser les variations d’altitude sur la toposéquence.

Figure 1 : Toposéquence d’un bassin versant

De plus le MNT est utilisé  pour étudier quelques caractéristiques physiques utiles pour le choix d’aménagement à travers  la compréhension de l’hydrologie du bassin versant (la forme, le relief et les pentes).

Choix d’aménagements

Ce choix est fait suivant la toposéquence du bassin versant, en tenant compte de l’analyse de celle-ci, des aménagements existants et une synthèse de documentation sur les aménagements de bassin versant.  Ces aménagements dits de conservation des eaux et des sols permettent d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des bénéficiaires. Ils contribuent à la gestion de l’eau des terres, des éléments nutritifs du sol et de l’environnement, l’augmentation de la productivité et à la diversification de la production. Ils regroupent un ensemble de mesures CES/DRS et de luttes biologiques. Parmi ces aménagements il y a le V en pierres, la technique de gabionnage, l’épi de berge en gabions, le cordon pierreux, la bande enherbée, la haie-vive, le paillage etc. Dans la littérature, ces mesures sont proposées en fonction de la toposéquence (plateau, versant, glacis et fond de vallée) du bassin versant.

  • V en pierres

Il est semblable à la demi-lune mais sa tranchée possède une forme en V pointée vers l’aval afin de créer une zone d’infiltration préférentielle pour la culture. Le V en pierres permet de revégétaliser, d’arrêter le ravinement et maitriser le ruissellement sur les faibles pentes. Il est aménagé dans les zones de glacis, plateaux et les versants.

  • Zaï ou tassa

Le zaï traite le glacis en affectant la structure du sol. Sa mise en place consiste à creuser à intervalles réguliers de petites poches d’eau espacés de 1m, de 30 à 40 cm de diamètre et de 10 à 30 cm de profondeur qu’on remplit de compost ou de fumure. La fumure organique est de 500g/poches soit 1 à 3 tonnes/ha. Cette méthode est particulièrement utile sur les sols dégradés endurcis et non productifs, car elle permet de concentrer l’eau de ruissellement et la fumure en vue de rendre la terre fertile.

  • Technique de gabionnage

Cette technique consiste à empiler et lier les gabions les uns aux autres afin de former de barrière filtrante qui laisse passée les eaux de ruissellement. Ce type d’aménagement est préconisé dans les zones de versant, glacis et le fond de vallée.

  • Epi de berge en gabions

L’épi de berge est un ouvrage en gabion qui permet de briser la force des crues et le ravinement des berges. Il favorise également une bonne sédimentation et protège le sol. Il est construit en travers du lit d’un ravin.

  • Cordons pierreux

Le cordon en pierres est un ouvrage antiérosif aménagé en lignes de pierres posées les unes sur les autres en suivant les courbes de niveau. Il permet de freiner la vitesse des eaux de ruissellement, favoriser l’infiltration de l’eau, récupérer les sols dégradés et améliorer la fertilité des sols. Il convient mieux aux zones de glacis et versant. Les cordons doivent être aménagés en fonction de la pente du terrain.

Le choix de la distance entre les lignes de cordons pierreux, sa hauteur et sa largeur sont données par les tableaux 2 et 3.

Tableau 1 : Pente et distance entre cordons pierreux selon CES/DRS/INERA pour le champ (zone de culture)

Pente Classe de pente Distance entre deux cordons pierreux en m
0.5-1% Nulle 50
1-2% Très faible 40
2-3% Faible 30
3-5% Modérée 20
5-10% Forte 15
10-15% Très forte 13

Tableau 2 : Largeur et hauteur des cordons pierreux en fonction de la pente

Pente Largeur en m Hauteur en m
0.5-1% 0.2 0.2
1-2% 0.2 0.2
2-3% 0.2 0.2
< 3 % 0.5 0.3-0.4

Pour assurer une durabilité des cordons pierreux il convient de les consolider par des plantations fourragères au tour.

  • Bandes enherbées

Elles sont constituées d’herbacées plantées, semées ou naturelles parallèlement aux courbes de niveau. Comme les cordons les bandes freiner les eaux de ruissellement, fixer les sols et produire de la biomasse. C’est pourquoi elles peuvent être aménagées en lieu et place des cordons pierreux.

  • Haie-vive

Il s’agit des alignements par rangés d’arbres, d’arbuste ou arbrisseaux d’une ou plusieurs espèces. La haie vive est généralement plantée autour d’un périmètre à protéger contre les animaux, l’érosion hydrique et dégradation des sols etc.

  • Paillage

Le paillage est une technique qui consiste à recouvrir la terre arable avec du matériel végétal tels que les feuilles, herbes, résidus de récolte etc. Il permet de garder pendant longtemps l’humidité et d’atténuer le stress hydrique et protège le sol contre le phénomène de battance. Il est indiqué pour les zones de cultures (glacis, fond de vallée).

 

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